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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 20:32

21 Mai 2009 :

Arrivée à Mexico à 16h30 après 11h d'avion sans dormir et 7h de décalage horaire. Comité d'accueil à la sortie de l'avion, environ 7 fédéraux m'attendaient avec un ordre d'arrestation d'Interpol. Un photographe est là.
Ils m'emmènent dans un bureau de l'aéroport où attendent des passeurs (ou consommateurs) de drogue à qui on a fouillé les valises.
Les policiers me rassurent en me disant que si j'ai une levée de mandat, ça ne devrait pas tarder tant que ça. Jusqu'au moment où ils se rendent compte que le délit a été requalifié en 'trafic de mineurs' considéré -évidemment- comme un crime et que ma levée s'avère caduque... Impossible de parler aux avocats qui sont à l'aéroport également. Je peux juste envoyer un texto à Christophe, lui disant que Maman m'envoie des messages et qu'il faut la mettre au courant parce que ça ne sent pas bon du tout.
Arrivent des représentants du Ministère Public, qui, après avoir rempli des papiers m'emmènent dans un pick up sur les pistes de l'aéroport. Une autre voiture nous suit. A la sortie, on change de voiture. Mon portable est confisqué. Je ne sais pas où ces personnes m'emmènent.
Nous arrivons à la 'procuradoria' pour remplir 'd'autres papiers', visite médicale etc... et je commence à comprendre que je ne vais pas du tout voir le juge, comme ils me l'avaient dit.
23h, devant les portes du centre de réhabilitation Santa Marta de Catitla. Un avocat du cabinet de mon avocat pénal attend pour récupérer mes affaires (valises et effets personnels, car tout est retiré dans le centre). Je demande à échanger mes chaussures à talons pour mes baskets, ce qu'ils acceptent.
Je me dis que peut-être je vais prendre, comme une certaine Florence, 60 ans de réclusion et une sensation de vide m'envahit. Je pense à ma famille.
Attente assez longue. Les portes d'ouvrent. Je dois me déshabiller et laisser mes fringues sur le sol où git un tas énorme. On explique à une 'co-détenue' que tout est jeté. Le garde se fout de mon accent quand on me demande mon nom.
On nous fait attendre devant le bureau des admissions, 1er (/ 20 à peu près) questionnaire : nom, prénoms etc. (sauf qu'avec mon nom à rallonge, mon adresse bizarre, tout devient super compliqué). Pas le droit d'aller aux toilettes. Passage à la visite médicale. Passage à la direction. Et re-attente dans les couloirs pour savoir où ils vont nous placer dans cette prison surpeuplée.
Tout est ouvert partout, il fait un froid de canard.
J'arrive dans la cellule A204 où dorment 9 femmes par-terre (il y a 3 places officielles).
Elles me font une place et me prête un bout de couverture, je suis morte de froid et de fatigue. Et là quand tout est calme, je pleure en silence.
Le lendemain, je trouve une ambiance plutôt conviviale, vues les circonstances. Les filles se lavent, bavardent, rient, m'expliquent le fonctionnement de la prison : ne pas râter la 'liste' de présence à 8h, après il faut se dépêcher pour aller 'déjeuner'. Dehors on peut fumer, il fait chaud et les poubelles puent.
Les nouvelles sont appelées pour les empreintes et les photos. Ca prend des heures.
A 17h, RDV au tribunal pour fixer le montant de la caution, si caution il y a.
Fouille, papiers, blindé. Je revois Mexico pour la première fois depuis 2 ans et j'envie une pauvre femme qui s'achète des tacos dans la rue. 
Evidemment nous arrivons à 18h, j'ai peur qu'il ne soit trop tard... Ca se passe au Reclusorio Sur, c'est un centre de détention pour les hommes et comme nous entrons par l'arrière, il faut les croiser... Les gardes qui m'accompagnent bavardent et rient entre eux.
Nous marchons dans un couloir uniforme, jaune avec des portes cadenassées toutes identiques. On se croirait dans des toilettes. Quand il en ouvre une (le juzgado 13), je m'aperçois qu'il y a de la vie derrière ! Je rencontre mes avocats (!) à travers une petite fenêtre grillagée, trop basse pour moi. Ils m'expliquent que je dois dire que je ne veux rien déclarer. Moi, je pensais qu'on allait pouvoir se voir en privé.
Le secrétaire du juge me lit ce dont je suis accusée et les plaintes. L'avocat pénal fait sa plaidoirie, beaucoup sont venus assister, par curiosité. Je peux parler quelques instants à Christophe.
Les avocats me disent qu'ils viendront le lendemain au parloir pour me donner les affaires de toilette et me dire ce qu'il en est.
L'interprète me donne une barre de chocolat.
Ils me demandent si j'ai besoin de quelque chose, je leur dis de 'l'argent et du savon', je ne suis pas lavée depuis 2 jours..... Ils me passent des billets à travers les barreaux.
Le jour suivant, passage obligatoire à la direction pour un énième questionnaire, la santé, les tatouages etc. Visite avec un avocat commis d'office. J'achète une carte de téléphone. Je fais la rencontre d'une autre Française emprisonnée là-bas depuis 2 ans ! ça me fait du bien de parler avec elle.

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Published by Radenkovic Hélène
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commentaires

stephanie 09/07/2009 14:19

je suis tellement desolee, dis nous si tu veux quelque choseHelene tu es une maman incroyable, tu merites de retrouver ton petit garcon, je ne peux plus te dire qu on est avec toi, qu on pense a toi a vous, tellement c est fade ! mais de tout coeur je suis la steph

andrea azzinnari 08/07/2009 14:53

courage Hélène!je suis une maman de deux petits enfants et je n'imagine pas ma vie sans eux.Je suis originaire d'un pays hispanophone, si vous avez besoin de l'aide pour contacter quelqu'un ou ecrire du courrier comptez sur moi.

Martine 08/07/2009 11:32

ECOEURANT ! Où est la justice ? Que fait la France ? Faut-il avoir un nom célèbre pour obtenir une aide, même minime, de son pays ? Madame, je vous souhaite beaucoup de courage pour continuer votre lutte, car il faut en avoir une bonne dose quand on est dans la situation désespérante où vous avez été abandonnée,Martine

vanessa 08/07/2009 10:16

J'attendais de vos nouvelles avec impatience , car je suis votre histoire depuis le début. Etant moi aussi maman, je peux comprendre la dechirure. J'espère de tout coeur que tout ceci sera qu'un lointain cauchemard. Courage.Vous etes une maman formidable.